Dhammapada Verset 40

Sachant que ce corps est fragile comme un pot de terre, fais de cet esprit une forteresse. Il faut combattre les forces du mal avec l’arme de la sagesse, puis continuer à le préserver sans s’attacher à ce qui a été acquis (c’est-à-dire l’extase du jhana et la sérénité obtenue par la méditation).

L’histoire de cinq cents Bhikkhus

Alors qu’il résidait au monastère de Jetavana, le Bouddha prononça le verset 40, en référence à cinq cents bhikkus.

Cinq cents bhikkhus de Savatthi, après avoir obtenu un sujet de méditation du Bouddha, allèrent pratiquer la méditation dans un grand bosquet de forêt situé à cent yojanas (1 yojana = 12 km) de Savatthi. Les esprits gardiens des arbres qui habitaient cette forêt pensaient que si ces bhikkhus restaient dans la forêt, il ne serait pas convenable pour eux de vivre avec leurs familles dans les arbres. Ils descendirent des arbres, pensant que les bhikkus ne s’y arrêteraient que pour une nuit. Mais les bhikkhus étaient toujours là au bout de quinze jours ; les esprits gardiens commencèrent à penser que les bhikkhus voulaient peut-être rester dans le bosquet jusqu’à la fin de vassa*. Dans ce cas, eux et leurs familles devraient vivre sur le terrain pendant trois mois. Ils décidèrent donc de faire fuir les bhikkhus en faisant des sons fantomatiques et des apparitions effrayantes. Ils apparurent avec des corps sans tête, et avec des têtes sans corps, etc. Les bhikkhus en étaient très bouleversés et quittèrent la forêt, ils retournèrent à Savatthi, près du Bouddha. Ils lui racontèrent ce qui s’était passé. En entendant leur récit, le Bouddha leur dit que cela s’était produit parce qu’ils étaient partis sans protection et qu’ils devaient y retourner avec une arme appropriée. Ainsi, le Bouddha leur enseigna le discours protecteur, le Mettâ Sutta (discours de l’amour bienveillant), en commençant par la strophe suivante : 

Voici comment devrait se comporter
Celui qui a développé des qualités de bonté
Et qui connaît la voie de la paix :
Qu’il soit appliqué, honnête et droit, direct et doux dans ses paroles.

Et finit par cette strophe :

Sans se laisser piéger par des croyances erronées
Celui qui a le cœur pur, qui voit la vérité ultime des choses
Et qui s’est libéré de tous les désirs sensoriels,
Ne renaîtra pas dans ce monde

Les bhikkhus avaient pour instruction de réciter le sutta dès leur arrivée aux abords du bosquet et d’entrer dans la forêt en la récitant. Ils retournèrent dans le bosquet et firent ce que le Bouddha leur avait dit. Les esprits gardiens des arbres qui recevaient l’amour bienveillant des bhikkus leur souhaitèrent la bienvenue sans leur nuire en quoi que ce soit. Il n’y eut plus de voix de spectres et d’apparitions effrayantes. Ainsi  laissés en paix, les bhikkus méditèrent sur le corps et prirent conscience de sa nature fragile et impermanente.

Depuis le monastère de Jetavana, le Bouddha, par son pouvoir surnaturel, vit les progrès des bhikkus et leur envoya un rayon de lumière en leur faisant sentir sa présence. Il  leur dit : « Bhikkhus, comme vous l’avez réalisé, le corps est, en effet, impermanent. »

Puis le Bouddha dit :

Sachant que ce corps est fragile comme un pot de terre, fais de cet esprit une forteresse. Il faut combattre les forces du mal avec l’arme de la sagesse, puis continuer à le préserver sans s’attacher à ce qui a été acquis (c’est-à-dire l’extase du jhana et la sérénité obtenue par la méditation).

À la fin du discours, les cinq cents bhikkhus atteignirent l’Éveil.

* Vassa : retraite annuelle de trois mois, observée par les moines bouddhistes, elle a lieu pendant la saison des pluies.

Quelques réflexions …..

Le corps est la façon dont nous faisons l’expérience du monde, c’est donc un des objets principaux de la méditation. Lorsque nous examinons le corps, nous nous rendons compte qu’il est fragile, qu’il dépend des conditions (présence d’air, d’eau, de nourriture et de chaleur), qu’il est sujet au changement. Nous réalisons également que nous avons très peu de contrôle sur le corps, la plupart de ses fonctions sont exécutées sans même que nous en ayons conscience. Le corps tombe malade et meurt sans que nous puissions faire grand-chose. Le corps ne peut donc pas être un refuge stable et sûr. Nous en venons à constater que peu importe le temps, l’énergie et les soins que nous consacrons à la protection du corps et à la création d’une vie stable autour de nous, la nature de la réalité est de changer et de s’effondrer et éventuellement de disparaître.

Quand on commence à voir la vraie nature du corps, on se rend compte que tous les aspects de la réalité sont en fait de la même nature.  Ils apparaissent et après un certain temps disparaissent, ils n’ont pas la solidité et la stabilité qu’on leur donne souvent. Par conséquent, nous cessons de nous accrocher à des objets extérieurs et nous comprenons qu’il n’y a pas de stabilité dans le monde.

Une fois que nous avons compris la vraie nature de la réalité, nous nous tournons vers l’esprit. Nous ne pouvons pas changer la nature de la réalité physique, mais nous pouvons changer et purifier l’esprit, nous pouvons le rendre stable, heureux et paisible. Une fois que l’esprit est fort et en paix, le monde autour de nous devient paisible, car nous cessons de faire des demandes, d’avoir des attentes, et nous sommes heureux et satisfaits de la façon dont il est. Et nous avons conscience de la vraie nature des choses.