Dhammapada Verset 290

Si, en renonçant à des petits plaisirs, on peut trouver un grand bonheur, le sage renonce aux petits plaisirs pour trouver le grand bonheur.

L’histoire des anciens actes du Bouddha

Alors qu’il résidait au monastère de Jetavana, le Bouddha prononça le verset 290, en référence à la puissance et à la gloire du Bouddha dont de nombreuses personnes ont été témoins lors de sa visite à Vesali.

Un jour, Vesali fut proie d’une famine. Cela commença par une sécheresse grave. En raison de la sécheresse, les récoltes furent presque totalement perdues et de nombreuses personnes moururent de faim. Puis il y eu une épidémie et comme les gens avaient du mal à se débarrasser des cadavres, il y avait une lourde puanteur dans l’air. Cette puanteur attirait les ogres. Les habitants de Vesali étaient confrontés aux dangers de la destruction par la famine, la maladie et aussi par les ogres. Dans leur chagrin et leur douleur, ils essayèrent de trouver un refuge. Ils pensèrent à demander de l’aide à différentes sources mais finalement, ils décidèrent d’inviter le Bouddha. Une mission dirigée par Mahali, le prince Licchavi, et le fils du chef des brahmanes fut donc envoyée au roi Bimbisara pour demander au Bouddha de rendre visite à Vesali et de les aider dans leur détresse. Le Bouddha savait que cette visite serait très bénéfique pour de nombreuses personnes, il accepta donc de se rendre à Vesali.

En conséquence, le roi Bimbisara répara la route entre Rajagaha et la rive du fleuve Ganga. Il fit également d’autres préparatifs et installa des lieux de repos spéciaux à un intervalle de chaque yojana (1 yojana= 12 kilomètres). Lorsque tout fut prêt, le Bouddha partit pour Vesali avec cinq cents bhikkhus. Le roi Bimbisara l’accompagna également. Le cinquième jour, ils arrivèrent au bord de la rivière Ganga et le roi Bimbisara envoya un message aux princes Licchavi. De l’autre côté du fleuve, les princes Licchavi avaient réparé la route entre le fleuve et Vesali et avaient installé des aires de repos comme l’avait fait le roi Bimbisara de son côté du fleuve. Le Bouddha se rendit à Vesali avec les princes Licchavi mais le roi Bimbisara ne le suivit pas.

Dès que le Bouddha atteignit l’autre rive du fleuve, de fortes pluies tombèrent en torrents, nettoyant ainsi Vesali. Le Bouddha fut installé dans la maison de repos qui avait été spécialement préparée pour lui dans la partie centrale de la ville. Sakka, le roi des devas, vint avec ses fidèles pour se prosterner devant le Bouddha, et les ogres s’enfuirent. Le soir même, le Bouddha prononça le Ratana Sutta et demanda au Vénérable Ananda de faire le tour des trois enceintes de la ville avec les princes Licchavi en récitant ce sutta. En entendant ces versets protecteurs (parittas), de nombreux malades se rétablirent, ils suivirent le Vénérable Ananda et arrivèrent en présence du Bouddha. Celui-ci prononça le même Sutta et le répéta pendant sept jours. A la fin des sept jours, tout était redevenu normale dans la ville. Les princes Licchavi et les habitants de Vesali étaient très soulagés et ravis. Ils étaient également très reconnaissants envers le Bouddha. Ils lui rendirent hommage et lui firent de grandes offrandes.  Ils l’accompagnèrent dans son voyage de retour jusqu’à ce qu’ils arrivent sur la rive du Gange au bout de trois jours.

En arrivant sur l’autre rive le Bouddha rencontra le roi Bimbisara, ainsi que les devas et les brahmas et le roi des Nagas avec leur entourage respectif. Tous se prosternèrent et lui firent des offrandes. Les devas et les brahmas lui rendirent hommage avec des ombrelles, des fleurs, etc. et chantèrent ses louanges. Les Nagas étaient venus avec des barges faites d’or, d’argent et de rubis pour l’inviter dans leur royaume ; ils avaient également parsemé la surface de l’eau de cinq cents sortes de lotus. C’était l’une des trois occasions de la vie du Bouddha où des êtres humains, des devas et des brahmas se sont réunis pour lui rendre hommage. La première occasion était lorsque le Bouddha a manifesté sa puissance et sa gloire par le miracle des paires (voir verset 181), en émettant des rayons de lumière et des jets d’eau ; et la seconde était à son retour du monde des devas Tavatimsa (« êtres divins » de classe supérieure) après avoir exposé l’Abhidhamma.

Le Bouddha, souhaitant honorer les Nagas, se rendit alors dans leur royaume accompagné des bhikkhus. Ils voyagèrent dans les cinq cents barges apportées par les Nagas. Après sa visite au royaume des Nagas, le Bouddha retourna à Rajagaha accompagné du roi Bimbisara. Ils arrivèrent à Rajagaha le cinquième jour. Deux jours après leur arrivée à Rajagaha, alors que les bhikkhus parlaient de l’étonnante grandeur et de la gloire du voyage vers et depuis Vesali. En apprenant le sujet de leur discussion, le Bouddha leur dit :  » Bhikkhus, le fait que j’aie été tant vénéré par les brahmas, les devas et les êtres humains et qu’ils m’aient fait des offrandes à une échelle aussi grande et somptueuse en cette occasion n’est pas dû au pouvoir que je possède maintenant ; c’est simplement parce que j’avais accompli quelques petites actions méritoires dans l’une de mes existences précédentes que je bénéficie maintenant de si grands avantages « . Le Bouddha raconta alors l’histoire d’une de ses existences passées, lorsqu’il était un brahmane du nom de Sankha.

Il était une fois un brahmane nommé Sankha qui vivait dans la ville de Taxila. Il avait un fils nommé Susima. Lorsque Susima eut seize ans, il fut envoyé par son père chez un autre brahmane pour étudier l’astrologie. Son professeur lui enseigna tout ce qu’il savait, mais Susima n’était pas entièrement satisfait. Alors, son maître lui demanda d’approcher les paccekabuddhas* qui se trouvaient alors à Isipatana. Susima se rendit à Isipatana, mais les paccekabuddhas lui dirent qu’il devait d’abord devenir un bhikkhu. Il devint donc moine, il pratiqua assidûment la méditation et il comprit bientôt les Quatre Nobles Vérités devint lui-même un paccekabuddha. Mais à cause de son kamma précédent, Susima ne vécut pas longtemps ; il réalisa le parinibbana** peu après.

Sankha, le père de Susima, vint à la recherche de son fils, mais lorsqu’il arriva, il ne trouva que le stupa où étaient enchâssées les reliques de son fils. Le brahmane se sentit très affecté par la perte de son fils. Il entreprit de nettoyer l’enceinte du stupa, il arracha les mauvaises herbes puis il recouvrit le sol de sable et l’arrosa. Ensuite, il alla chercher des fleurs sauvages dans les bois voisins et les déposa sur le sol humide. De cette façon, il offrait ses services et rendait hommage au paccekabuddha qui était autrefois son fils. C’est grâce à cette bonne action accomplie dans son existence précédente que le Bouddha fut couvert d’offrandes si généreuses, qu’on lui témoigna une si profonde révérence et une si grande dévotion en cette occasion particulière.

Puis le Bouddha dit :

Si, en renonçant à des petits plaisirs, on peut trouver un grand bonheur, le sage renonce aux petits plaisirs pour trouver le grand bonheur.

* Paccekabuddha : littéralement « un bouddha solitaire », « un bouddha seul » ou « un bouddha silencieux », est l’un des trois types d’êtres éveillés selon certaines écoles du bouddhisme.

** Parinibbana: le nibbaṇa final, la fin de l’existence physique d’une personne qui a atteint l’éveil et l’entrée dans le nibbaṇa complet d’un bouddha ou d’un être éveillé.

Quelques réflexions …..

L’un des plus grands obstacles au progrès dans la vie spirituelle est peut-être notre attachement aux choses pitoyables de la vie quotidienne qui ne procurent qu’un bonheur éphémère et illusoire qui résulte généralement par une forme de douleur.

Nous faisons cela tous les jours et plusieurs fois par jour, nous voyons/entendons/ sentons/ touchons/goûtons quelque chose que nous trouvons attirant et tout de suite nous sommes emportés par le désir d’en avoir plus, si nous n’aimons pas, nous nous arrangeons pour éviter tout contact ultérieur et cela occupe notre esprit toute la journée. L’esprit bavarde, fantasme, fait ressortir de très vieux souvenirs, fait des plans pour l’avenir et nous suivons le mouvement.

Nous nous plaignons alors du stress, mais nous en redemandons sans analyser les causes de notre malaise. Nous nous plaignons du bruit sans nous rendre compte que le bruit est surtout dans notre esprit et qu’il est principalement dû à nos innombrables désirs et attachements. Lorsque nous lâchons prise de ce que nous appelons les « petits » plaisirs, l’esprit se calme. Une fois que nous voyons cela clairement, nous les lâchons avec confiance et joie.