
Le Bodhisatta était autrefois un marchand prospère qui distribuait généreusement des aumônes : six cent mille pièces par jour. Il commença à s’inquiéter de faire faillite ; il fit donc construire un navire et partit vers une terre lointaine pour faire du commerce, espérant revenir avec beaucoup d’argent. Le jour de son départ, il confia à sa femme et à son enfant la distribution des aumônes, puis se rendit au port.
Un Pacceka Bouddha ( un être qui atteint l’Éveil par lui-même sans enseigner la voie aux autres ) comprit que le navire du Bodhisatta allait faire naufrage et décida de lui venir en aide. Il s’envola depuis sa demeure dans l’Himalaya, atterrit près du Bodhisatta et marcha vers lui sur un sable aussi brûlant que des braises, s’assurant que le Bodhisatta le voyait. Comme il l’avait prévu, le Bodhisatta invita le Pacceka Bouddha à s’asseoir sous un arbre et, sans qu’il le lui demande, lui donna ses chaussures et son parasol. Sa mission accomplie, le Pacceka Bouddha regagna sa demeure par les airs.
Le septième jour du voyage, le navire prit l’eau et de nombreux passagers périrent. Le Bodhisatta choisit au hasard un homme pour l’accompagner comme serviteur. Tous deux s’enduisirent le corps d’huile, se remplirent l’estomac de sucre en poudre et de ghee, puis se jetèrent à la mer pour tenter de regagner leur pays à la nage.
La déesse chargée de sauver les êtres vertueux des naufrages avait négligé ses devoirs. Le septième jour, elle scruta les mers et aperçut le Bodhisatta en détresse. Elle passa alors à l’action, survola les eaux et lui présenta un plateau d’or garni de viandes célestes. Le Bodhisatta refusa, car c’était un jour sacré. Elle lui expliqua qu’elle venait le sauver car il avait donné ses chaussures à un Pacceka Bouddha. Elle lui donna un navire long de trois cent cinquante mètres, construit en matières précieuses et rempli de trésors : rames en or, voiles en argent, mâts en saphir. Elle le ramena chez lui, et il y vécut ses derniers jours, dans la droiture, distribuant des aumônes sans fin.
Dans la vie du Bouddha
Un jour, après avoir entendu un sermon du Bouddha, un disciple laïc l’invita chez lui pour recevoir l’aumône pendant sept jours consécutifs. Le dernier jour, il offrit au Bouddha et à cinq cents disciples un cadeau spécial : des chaussures. Le Bouddha remercia l’homme et lui raconta l’histoire évoquant le temps où il avait lui-même offert des chaussures à un Bouddha.
La déesse et le serviteur étaient dans cette vie ultérieure Uppalavanna et Ānanda, deux des principaux disciples du Bouddha.
