
Le Bodhisatta fut tour à tour roi des hommes et roi des nagas au cours de deux vies consécutives. Son père avait abdiqué le trône pour mener une existence ascétique dans le parc royal, et son fils nouvellement couronné le visitait régulièrement, trois fois par jour. Incapable de développer sa méditation mystique en raison de ces distractions constantes, le père s’éloigna sans prévenir personne. Il vécut seul dans une hutte de feuilles et se nourrit de ce qu’il trouvait dans la forêt ; il finit par maîtriser cette pratique.
Quelque temps plus tard, le Bodhisatta partit à la recherche de son père et finit par le retrouver. Lors de son arrivée, son père enseignait le dharma à un roi naga ainsi qu’à quelques-uns de ses sujets. Le Bodhisatta fut tellement impressionné par la magnificence des nagas qu’il ne désira rien d’autre que la renaissance dans le monde des nagas pour sa prochaine vie. Après avoir passé quelques jours avec son père, il retourna dans son royaume, où il ne s’écarta jamais de la loi morale, observa scrupuleusement les jours saints. Il construisit également des salles d’aumône à chacune des quatre portes de la ville. Il devint ainsi célèbre dans toute l’Inde pour sa générosité. Comme il menait une vie si vertueuse, son souhait se réalisa, et il renaquit en tant que roi naga.
Au fil du temps, le Bodhisatta se lassa de la grandeur du royaume des nagas et souhaita renaître à nouveau en tant qu’humain. Il tenta de respecter les vœux des jours saints et de mener une vie vertueuse, mais les tentations sans fin l’empêchèrent d’y parvenir. Par conséquent, en dépit du risque d’être capturé et tué, il commença à consacrer les jours saints dans le domaine des humains, perché sur une termitière, pour éviter les distractions.
Un jour, tandis que le Bodhisatta était étendu sur sa fourmilière, seize chasseurs d’un village voisin l’aperçurent. Le Bodhisatta les entendit approcher et ouvrit les yeux, mais voulant rester ferme dans sa droiture, il ne fit rien pour résister et refusa de se mettre en colère. Les chasseurs tirèrent sur sa queue pour allonger son corps massif sur le sol, ils le transpercèrent de piques, enfoncèrent des bâtons de bambou dans son corps et le trainèrent avec des cordes.
Un riche propriétaire foncier qui passait dans sa calèche vit les chasseurs et leur proie. Il leur donna à chacun une poignée de pièces d’or, un bœuf et des vêtements somptueux pour qu’ils libèrent le Bodhisatta. En retour, le Bodhisatta invita son sauveur à résider dans son palais céleste, entouré de trois cents jeunes filles naga pour le servir. L’homme resta dans le royaume des nagas pendant un an, puis partit pour mener une vie d’ascète dans l’Himalaya.
Un jour, alors que l’ascète se rendait en pèlerinage dans la ville, il séjourna dans le parc royal. Le roi vit l’ascète lors de sa tournée d’aumônes matinale et, impressionné par son comportement, lui servit une variété de mets raffinés dans le palais. Après avoir mangé, il raconta au roi comment le fait d’avoir sauvé la vie du Bodhisatta l’avait conduit à renoncer au monde et à devenir ascète. Il prêcha ensuite au roi l’impermanence de toutes choses, et celui-ci accepta son message et vécut une vie vertueuse et généreuse. À la fin de la saison des pluies, l’ascète retourna dans sa demeure himalayenne.
Au cours de la vie du Bouddha
Un jour, le Bouddha fit l’éloge de certains disciples laïcs qui observaient les jours saints et leur raconta cette histoire pour leur montrer que cela pouvait leur apporter de grandes récompenses.
Le père du Bodhisatta, le roi à la fin de l’histoire et le propriétaire terrien étaient les incarnations antérieures de Maha Kassapa, Ananda et Sariputta, trois des principaux disciples du Bouddha.
