
Jadis, le Bodhisatta était un colporteur de marmites et de poêles. Lui et un autre colporteur arrivèrent simultanément dans une nouvelle ville et décidèrent de la diviser en deux pour y exercer leur commerce respectif. L’autre vendeur se rendit chez une famille démunie composée d’une jeune fille et de sa grand-mère, dont les ancêtres avaient été de riches marchands. Elles n’avaient pas d’argent, mais lui demandèrent s’il accepterait leur vieux bol de table crasseux en échange d’un petit bibelot. Le vendeur avide soupçonna que leur bol était en or. Un petit coup d’épingle discret à travers la patine le confirma. Pour négocier le prix le plus bas possible, il le jeta par terre et déclara qu’il n’avait aucune valeur.
Plus tard, le Bodhisatta repassa devant la même maison et reçut la même demande. En examinant le bol, il vit également qu’il était en or. Il dit cependant la vérité à la famille : il valait cent mille pièces. Mais il ne pouvait pas l’acheter, car il n’avait pas une telle somme. Croyant que le bol s’était transformé en or sous l’influence bienveillante du Bodhisatta, la grand-mère accepta de prendre tout ce qu’il voulait bien donner en échange. Il lui donna cinq cents pièces et tout son stock (qui valait également environ cinq cents pièces), ne gardant que sa balance, son sac et une somme suffisante pour payer la traversée en bateau.
Peu de temps après, l’avide marchand revint à la maison, avec l’intention d’acheter leur bol pour une bouchée de pain. Mais, lorsqu’on lui raconta ce qui s’était passé, il perdit la tête. Convaincu que le bol lui appartenait de droit, il jeta tout ce qu’il avait par terre, à l’exception du fléau de sa balance, qu’il comptait utiliser comme une massue, et se précipita à la recherche du Bodhisatta. Mais le marchand avide arriva trop tard ; le Bodhisatta était déjà à mi-chemin de la traversée. Rempli de rage, le sang coulant de ses lèvres, l’avide marchand eut une attaque et mourut sur place.
Dans la vie du Bouddha
Le vendeur cupide était une incarnation antérieure de Devadatta, un disciple du Bouddha qui devint son ennemi juré. C’était la première fois qu’il ressentait de la colère envers le Bouddha. Le Bouddha raconta cette histoire à l’un de ses disciples, qui avait cessé de travailler pour atteindre l’éveil, afin qu’il comprenne qu’il ne devait pas abandonner, car la récompense de ses efforts était grande. S’il s’arrêtait, il le regretterait à jamais.
